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Nous voulons tous nos 15 minutes de gloire. Mais personne ne veut les 15 années pour les mériter.

  • 3 avr.
  • 4 min de lecture

Il faut parfois accepter de regarder une réalité en face, même lorsqu’elle dérange.

L’hôtellerie ne traverse pas seulement une crise de recrutement.Elle traverse une crise de projection. Depuis plusieurs années, le même constat revient : pénurie de personnel, désengagement, difficulté à recruter durablement. Comme si le problème était simplement quantitatif.

Il ne l’est pas.


Le problème n’est pas que l’hôtellerie ne trouve plus de candidats. C’est qu’elle ne trouve plus assez de profils prêts à construire.

Et cette nuance change tout.


Un métier du réel dans une époque de l’image

L’hôtellerie a ceci de particulier qu’elle ne triche pas.

On ne construit pas un établissement avec une promesse.On ne fidélise pas une clientèle avec une image.On ne bâtit pas une réputation avec une stratégie seule.


Tout repose sur la constance.

Et c’est précisément ce qui la met en tension avec son époque.

Nous vivons dans un monde où la visibilité peut précéder la compétence,où l’exposition peut donner l’illusion d’une trajectoire,où l’on peut exister sans avoir construit.

Comme l’avait anticipé Andy Warhol, chacun peut aujourd’hui accéder à ses “quinze minutes de célébrité”.


Mais ces quinze minutes ne construisent rien.

Elles montrent👉 elles ne bâtissent pas


Or, l’hôtellerie est un métier où seule la construction compte.


Le vrai sujet : le rapport au temps

Si l’on observe les difficultés du secteur, une constante apparaît.

Ce qui manque n’est pas seulement de la main-d’œuvre.


Ce qui manque, ce sont des trajectoires longues.

Des profils capables de rester, d’apprendre, de progresser, de construire.

Ce modèle suppose une chose devenue rare :


Accepter de ne pas tout obtenir immédiatement.

Nous sommes passés d’une logique de construction à une logique de projection.

Et ce basculement dépasse largement l’hôtellerie.


Salaire : une explication insuffisante

On entend souvent que le problème vient des salaires.

C’est en partie vrai — mais seulement en partie.

En France, le sujet est réel.En Suisse, les salaires sont plus élevés, les conditions souvent meilleures.

Et pourtant :


Les difficultés de recrutement existent des deux côtés.

Ce constat oblige à aller plus loin.

Le salaire rémunère un travail.Mais il ne compense pas toujours un mode de vie.

Car l’hôtellerie implique :

  • une présence forte

  • des horaires décalés

  • une exigence constante

  • une responsabilité continue

👉 et c’est cela qui est aujourd’hui questionné.


Ce que l’on n’ose plus dire : réussir demande encore un effort

Nous avons progressivement vidé certains mots de leur sens.

La réussite en fait partie.

Pendant longtemps, réussir signifiait :tenir, progresser, construire quelque chose qui dure.


Aujourd’hui, elle est souvent associée à :

  • la liberté immédiate

  • l’équilibre

  • l’intensité

Ces aspirations sont légitimes.

Mais elles posent une question fondamentale :

Peut-on construire sans accepter une phase d’effort prolongé ?


L’argent : sortir du malaise

Dans ce débat, il faut aussi rétablir une vérité simple.

l’argent n’est ni sale, ni honteux.

Il est un levier.

Un levier de liberté.Un levier de choix.Un levier d’autonomie.

Dans l’hôtellerie, ceux qui ont construit le savent :


👉 l’indépendance a un prix👉 et ce prix se construit


Mais l’argent ne suffit pas.

👉 il attire👉 mais il ne retient pas toujours


Transmission : le point de rupture

Le signal le plus révélateur reste la transmission.

De nombreux hôtels familiaux ne trouvent plus repreneur.

Ce phénomène ne s’explique pas par un manque d’opportunités.


Ce n’est pas l’entreprise qui est refusée c’est la vie qu’elle implique

Reprendre un hôtel, c’est accepter une forme d’engagement total.

Et ce modèle de vie n’est plus universellement désiré.


Robotisation : réponse logique… mais révélatrice

Face à ces tensions, le secteur s’adapte.

Automatisation. Digitalisation. Réduction des équipes.

Ces évolutions sont nécessaires.

Mais elles traduisent aussi une réalité plus profonde :


lorsqu’un métier devient difficile à incarner, on cherche à le contourner.

La question n’est pas technologique.

Elle est stratégique.

Que reste-t-il de l’hôtellerie lorsque l’on réduit sa dimension humaine ?


Sortir du double mensonge

Le secteur est aujourd’hui pris entre deux illusions.

Le premier mensonge :celui du sacrifice total — devenu intenable.

Le second :celui d’un métier sans contrainte — irréaliste.

La vérité est plus exigeante.

Construire demande de l’engagement mais cet engagement doit devenir soutenable

Réussir demande du temps mais ce temps doit avoir du sens


Mon regard : continuer à construire

Je parle ici en tant que senior, hôtelier, et père.

Je ne crois pas à une vie sans travail.

Pas par obligation.Par cohérence.

Travailler, c’est rester libre.C’est rester utile.C’est continuer à avancer.

Je fais partie de ceux qui continueront de ceux qui, peut être, "finiront sur scène"


Mais je ne crois plus au modèle du sacrifice permanent.

Je crois à autre chose : 👉 un engagement durable👉 une construction assumée👉 une vérité claire


Donc: réhabiliter le temps

L’hôtellerie ne manque pas de talents. Elle manque de lisibilité. Elle manque d’un discours honnête dans la plupart des cas

👉 oui, c’est un métier exigeant👉 oui, il demande du temps👉 oui, il peut offrir liberté et réussite


Mais à une condition :

  • Accepter que cela ne soit pas immédiat

Dans une époque fascinée par l’instant,

  • Ceux qui accepteront encore de construire feront la différence.


Oliver Steuermann

Président du Cercle et Hôtelier


Sources

  1. OCDE – How’s Life? 2024

  2. OCDE – Trends Shaping Education 2025

  3. France Travail – Enquête BMO 2025

  4. HOTREC – Skills and Labour Shortages in Hospitality (2026)

  5. Bpifrance Le Lab – Transmission des entreprises familiales (2023)

  6. OMS / OIT – Long working hours and health (2021)

  7. EHL Hospitality Insights – Hospitality Trends 2026

  8. Serge Guérin


 
 
 

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